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Entretien avec Mme Agnès LONGUE EDIBE Secrétaire Exécutive de la Cameroon Women in Leadership and Development (CAWOLED) qui évoque les questions liées à la Décennie de la Femme Africaine.

Mme Agnès  LONGUE EDIBE, vous êtes Secrétaire Exécutive de l’Association des Femmes Camerounaises pour le Leadership et le Développement. Parlez-nous brièvement de votre association !

La Cameroon Women in Leadership and Development (CAWOLED)  créée en 2000 a pour objectifs entre autres de renforcer les capacités des femmes par l’information, la formation et la communication. La stratégie adoptée est le travail en réseaux avec les Organisations de la Société Civile (OSC), les médias et la  collaboration  avec les pouvoirs publics.

Le 31 Juillet prochain, le Cameroun célèbre de concert avec la communauté africaine la 50ème Edition de la Journée Panafricaine des Femmes. Quelle est l’activité programmée par CAWOLED ?

J’aimerais d’abord rappeler que le 31 Juillet 1962 à Dar –es-Salem en Tanzanie, les femmes  de différents pays africains se sont réunies et ont crée la 1ère Organisation des Femmes  appelée « Conférence des Femmes Africaines » qui devint 12 ans plus tard (le 31 Juillet 1974 à Dakar au Sénégal), l’Organisation Panafricaine des Femmes (OPF). La date du  31 Juillet fut  ainsi consacrée Journée de la Femme Africaine.

La célébration de l’édition 2012 sous le thème : « cinquante ans après la création de l’Organisation Panafricaine des Femmes, quelles sont nos attentes ? »   interpelle les Etats africains et les autres acteurs de développer de nouvelles stratégies afin d’accélérer la mise en œuvre des  engagements pris en actions concrètes qui améliorent les conditions de vie des femmes africaines. Les  Organisations de la Société Civile (OSC)  apportent leur contribution dans  cette démarche A cet effet, CAWOLED a  opté pour la vulgarisation de la Décennie de la Femme Africaine qui doit être connue de tous les acteurs sociaux en général et les femmes en particulier afin que chacun joue son rôle dans les actions programmées.

Qu’est ce que la Décennie de la Femme Africaine?

Face  à la  persistance des difficultés  rencontrées par les femmes africaines pour la pleine jouissance de leurs droits fondamentaux en dépit des efforts consentis et quelques avancées, les Ministres chargés de Genre et des Affaires Féminines ont proposé aux Chefs d’Etats et de Gouvernements de l’Union Africaine d’instituer la Décennie de la Femme  Africaine.   Cette proposition a été entérinée en Février 2009 et la Décennie a été lancée le 15 Octobre 2010  (Journée de la Femme Rurale) à Nairobi au Kenya.

La Décennie de la Femme Africaine est une stratégie pour accroître entre 2010 et 2020,  l'impact des politiques visant à assurer l’amélioration des conditions de vie  des femmes dans tous les domaines.  Son but est d’accélérer la mise en œuvre  et la concrétisation des objectifs de l’Union Africaine contenus dans les Déclarations, Conventions et Protocoles sur l’égalité des sexes et à l’autonomisation des femmes.  

Pourquoi une Décennie de la Femme Africaine ?

On se rappelle que c’est en 1975 qu’a été conçue l’idée de la Décennie consacrée à la Femme par l’Organisation des Nations Unies (ONU) lors de la première Conférence Mondiale sur les Femmes à Mexico. Ce fut la Décennie de l’ONU pour la Femme (1975-1985) dont le but était d’accroitre la prise de conscience de la communauté internationale sur les inégalités auxquelles sont confrontées les femmes dans le monde. Elle a été marquée par la création de la  célébration la Journée Internationale de la Femme le 8 Mars de chaque année.

Les femmes africaines ont contribué aux concertations lors des différentes Conférences Mondiales sur les Femmes qui ont suivi : Copenhague(1980), Nairobi(1985) et Beijing (1995). Elles continuent à s’impliquer aux rencontres régionales et internationales sur les droits de la femme et  la parité. Cependant, elles constatent que leurs Dirigeants signent très vite les instruments de droits humains et adhèrent aux différentes politiques aux niveaux international et régional, mais sont  lents dans la réalisation de leurs engagements.  Elles ont des problèmes spécifiques qui doivent être résolus par des stratégies spécifiques.

La Décennie de la Femme Africaine  qui  intervient 25 ans après celle de l’ONU   constitue une opportunité  pour attirer l’attention sur les engagements  pris par les Etats africains qui restent toujours à réaliser. En ces temps de bouleversements politiques, économiques et écologiques,  la décennie fournit une occasion de donner la priorité aux problèmes des femmes  africaines dans tous les domaines et à tous les niveaux.

La femme rurale et la femme à la base se retrouvent-elles dans la Décennie de la Femme  Africaine?

Evidemment ! il est question d’accélérer l’amélioration du vécu quotidien des africaines. Les femmes africaines, qu’elles vivent en milieu rural ou urbain, exerçant une activité lucrative ou femme au foyer, individuellement ou à travers leurs organisations, aspirent à un niveau de vie décent. Elles ont un rôle à jouer dans la réalisation  des priorités identifiées pendant cette période (2010-2020). Les thèmes retenus pour cette Décennie reflètent les préoccupations réelles de toutes les femmes africaines.

 CAWOLED et ses partenaires  encouragent  toujours les femmes à tous les niveaux de la société à s’impliquer dans la promotion de leurs droits. Elles doivent être informées et sensibilisées  afin de participer aux débats pour la concrétisation de leurs aspirations ; d’où la nécessité et l’importance de vulgariser la Décennie de la Femme Africaine. Ce que nous nous attelons à faire  avec les médias qui nous accompagnent dans ce travail.

Concrètement, comment ça se passe ? On sait que la Décennie est lancée depuis 2010. Quelle est la feuille de route du Cameroun pour la Décennie de la Femme Africaine ?

Le Plan d’Action Régional de la Décennie de la Femme Africaine adopté  retient 10 domaines prioritaires  sur lesquels les  Plans d’Action Nationaux  s’appuient. Adaptés  aux OMD, ils  guideront les stratégies et les actions prioritaires à entreprendre à différents niveaux. Il s’agit de : 1) la lutte contre la pauvreté et la promotion de l'autonomisation économique et entrepreneuriat des femmes; 2) l'agriculture et de la sécurité alimentaire; 3) la santé, la mortalité maternelle et le VIH/Sida; 4) l'éducation, la science et la technologie; 5)l’environnement, le changement climatique et le développement durable; 6) la paix, la sécurité et les violences à l'égard des femmes; 7) la gouvernance et la protection juridique;8) le financement et de la budgétisation du genre; 9)  la promotion des femmes aux postes de responsabilité; 10) les mouvements de jeunes femmes.

Le Plan d’Action de la Décennie de la Femme Africaine au Cameroun  a été élaboré par le Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille en collaboration avec  les points focaux genres des administrations publiques, les partenaires au développement et les OSC. Il est conçu en tenant compte des différents domaines énoncés ci-dessus, le Protocole à la Charte Africaine des Droits de l'Homme et des peuples relatifs aux droits de la Femme, la Déclaration Solennelle des Chefs d’États et de Gouvernements de l'Union Africaine sur l'Egalité entre les hommes et les femmes. Il s’appuie surtout  sur  le Document de Stratégies pour la Croissance et l’Emploi (DSCE, tient compte de la politique nationale de promotion de la femme.. Les efforts combinés des différents acteurs permettront de le réaliser dans le délai requis.

CAWOLED, après avoir  participé à un Atelier d’information sur la Décennie de la Femme Africaine organisé par le Réseau de Développement et de Communication des Femmes Africaines (FEMNET- Cameroun) en Novembre 2010,  s’attèle depuis Février 2011, à  vulgariser les thèmes de la Décennie  par la production et la distribution des supports de communication y relatifs  lors des activités avec les femmes et par la communication dans les médias.

Quelles sont les attentes  des Femmes  par rapport à la Décennie de la Femme Africaine?

La Décennie de la Femme Africaine est  une période cruciale pour des changements souhaités dans les vies des femmes et des filles du continent.

« Il est nécessaire de passer de la théorie à la pratique ». Avoir des lois est une chose, à en jouir en est une autre. Le fait d’avoir des lois et d’enregistrer des déclarations  ne suffit pas à lui seul et  ne transformera pas la qualité de vie pour la majorité des femmes en Afrique.  La Décennie de la Femme Africaine doit conduire à accélérer la réalisation des aspirations des  femmes africaines à l’égalité de droits, à la paix et au développement durable. Les différents engagements pris par les Dirigeants africains aux niveaux régional et international, doivent se traduire en actes concrets qui ont un impact positif dans le vécu quotidien des femmes. L’application effective des lois qui protègent les femmes, les réformes visant  à leur accès au socle de protection sociale.

Les femmes africaines sont-elles vraiment conscientes des défis qui les interpellent ?

Je pense que compte tenu du rôle joué par les femmes dans le développement durable de nos Etats, les africaines ont compris l’importance de leur  implication  dans la lutte pour la concrétisation des engagements pris par les Etats membres de l’UA  pour la promotion de leurs droits dans tous les domaines. La  grande solidarité entre les femmes africaines  qui se traduit par le travail en réseaux, en coalitions et en fédérations  d’organisations féminines aux niveaux international, régional et local  en est une illustration. Elles apporteront leur contribution à la réalisation des Plans d’Actions nationaux de la Décennie de la Femme Africaine./.

 Entretien réalisé par Edmond Kamguia K.

Journal ‘ La Nouvelle Expression ‘ N°3280 du Lundi 23 Juillet 2012